Les petits rats - 1984 -


L'homme a soixante-dix ans, les cheveux blancs, le costume impeccable de Saville Row, les chaussures "vintage" de chez Lobb, chemises de Turnbull and Asser, cashmere d'Hermes. Un dandy venu du 19 ème siècle. Né près du célèbre terrain de cricket, "The Oval", situé dans le sud de Londres, il est apprenti architecte quand, au début des années 60, la chance veut qu'il s'engage comme maquettiste au magazine "Twen" et par la suite chez "Elle", pour aboutir comme Directeur Artistique de "Queen" avant d'avoir 30 ans. Un des " wunderkind" à part entière du "Swinging London", Hamilton passe rapidement de critique des clichés des autres à en devenir photographe lui-même, avec la désinvolture toute naturelle du créateur né.

Il y a un raffinement esthétique dans toute son œuvre, qui donne à ses images cette qualité hors du temps où l'artiste devient l'auteur anonyme. Rien du monde moderne ne s'incruste. Dans chaque prise, la composition est harmonieuse, intouchable; l'émotion sure, ancrée. Ce qui est dépeint vit d'une identité immédiate. Tout cela sans effort, un Lacoste gagnant Roland Garros le polo bien sec.

Pendant un temps, l'œuvre de David Hamilton, en livres, cartes postales, photos, expositions, publicité, est devenue une telle icône pour un certain "savoir vivre" dans les lieux à la mode : New York, Paris, Londres, Hambourg, Palm Beach, etcetera… et à Saint-Tropez où, depuis 40 ans, le Maître réside dans une maison du 11 ème siècle. Et travaille. On le voit dans cent, mille, dix mille images, toujours la même perfection, la même obstination, le même acharnement. Comment fait-il?

Que l'homme ait un "bon œil", cela va sans dire. Son dialogue avec l'amateur d'art qui confronte cette dualité, toujours censurée – dans la célèbre phrase d'Elisabeth Culbert : "la politique du regard contre la complicité implicite dans l'acte de braquer un appareil photo" - nous fait partager un paysage de rêves sans frontière culturelle.

Hamilton : "Il s'agit de communication, pas d'explication. Je ne fais que danser aux mêmes obsessions que tout le monde partage… inévitablement, l'art est personnel; ça ne sert à rien d'en débattre. Même quand je vous vois dans mon appareil, vous me voyez à travers l'objectif. Nous nous informons mutuellement. Qui donc est vu par le spectateur? En vérité, l'Art bien fait est. Basta ! Vous pouvez en parler, mais il n'y a rien à expliquer. Le contact est pure émotion. C'est comme manger… disons 200 gramme d'Osciètre à la Maison du Caviar. Hum, délicieux vous dîtes. Allez-y, servez-vous !

L'hédoniste parle; il sait.